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Fermentation en enrubannage : maîtriser chaque étape pour sécuriser la qualité du fourrage

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L’enrubannage est une technique de conservation exigeante.
Contrairement au foin, la conservation ne repose pas uniquement sur le séchage, mais sur une fermentation lactique maîtrisée en milieu anaérobie.

La qualité du fourrage distribué plusieurs mois plus tard se joue dans les premières heures après la fauche… et dans la rigueur du chantier.

1. Le principe biologique : la fermentation lactique en milieu sans air

La conservation par enrubannage repose sur un mécanisme simple :
transformer les sucres de la plante en acide lactique en absence d’oxygène.

Lorsque la balle est hermétiquement fermée :

  • Les cellules végétales consomment l’oxygène résiduel (phase respiratoire).

  • Une fois l’oxygène épuisé, les bactéries lactiques prennent le relais.

  • Elles produisent de l’acide lactique (et en moindre proportion acide acétique), ce qui fait chuter le pH.

  • Cette acidification stabilise le fourrage et bloque les micro-organismes indésirables.

Plus le fourrage est riche en sucres solubles, plus la fermentation sera rapide et efficace.

2. Le stade de récolte : premier facteur de réussite

La qualité de fermentation commence au champ.

Une récolte au bon stade (début épiaison pour les graminées, début floraison pour les légumineuses) permet :

  • Une meilleure valeur alimentaire

  • Une meilleure teneur en sucres

  • Une meilleure digestibilité

De plus, à ce stade, le fourrage se compressera mieux, formant ainsi des balles plus denses et régulières.

Il faut néanmoins trouver le compromis entre rendement et qualité selon les besoins du troupeau.

Une herbe trop avancée :

  • Contient moins de sucres fermentescibles

  • Fermente plus difficilement

  • Présente un risque accru d’échauffement

3. La matière sèche : le point d’équilibre en enrubannage

Pour l’enrubannage, l’objectif se situe généralement entre 40 et 50 % de matière sèche.

  • En dessous : risque de fermentations indésirables (butyriques), pertes énergétiques.

  • Au-dessus : difficulté de mise en place de la fermentation et risque de moisissures si l’air reste présent.

Un préfanage rapide peut être nécessaire pour atteindre cet objectif.
Attention : un séchage trop long entraîne des pertes de feuilles (notamment pour les légumineuses) et une baisse de valeur alimentaire.

graphique taux de mtière sèche enrubannage

4. La respiration : une course contre la montre

Après la fauche, la plante continue à respirer.
Elle consomme ses propres sucres et produit de la chaleur.

Chaque heure passée avant la mise en anaerobiose représente :

  • Une perte de sucres fermentescibles

  • Une baisse potentielle de qualité

  • Un risque accru d’échauffement

C’est pourquoi il est essentiel :

  • De faner rapidement (si cela est nécessaire)

  • De limiter le délai entre pressage et enrubannage

  • D’appliquer le film le plus tôt possible

L’objectif est clair : réduire au maximum la phase aérobie.

5. La densité et la régularité des balles

La fermentation dépend directement de la quantité d’air emprisonnée dans la balle.

Une balle :

  • Dense

  • Régulière

  • Bien formée

contient moins d’oxygène initial et facilite l’installation rapide d’un environnement anaérobie.

Des andains irréguliers produisent des balles irrégulières, avec des zones moins comprimées susceptibles de conserver de l’air.

Ces poches d’air deviennent des foyers potentiels :

  • D’échauffement

  • De développement de levures

  • De moisissures localisées

andain régulier
Le film n’est pas qu’une protection mécanique : il est la barrière contre l’oxygène.

6. Le rôle décisif du film d’enrubannage

Le film n’est pas qu’une protection mécanique :
il est la barrière contre l’oxygène.

Pour une conservation optimale :

  • Enrubanner immédiatement après pressage

  • Appliquer au minimum 6 couches de film

  • Passer à 8 couches pour les légumineuses ou un stockage long

  • Assurer un recouvrement homogène

Une étanchéité imparfaite laisse entrer l’air progressivement.
Même de faibles entrées d’oxygène peuvent relancer l’activité microbienne en périphérie.

7. Les phases de fermentation en détail

Phase 1 : respiration initiale (heures 0 à 24)

Consommation de l’oxygène résiduel.

Phase 2 : installation des bactéries lactiques (jours 1 à 5)

Production d’acide lactique, baisse rapide du pH.

Phase 3 : stabilisation (semaines suivantes)

Si l’anaérobiose est maintenue, la balle devient stable et peut se conserver plusieurs mois.

Les problèmes apparaissent généralement lors :

  • D’un défaut d’étanchéité

  • D’un stockage sur surface irrégulière

  • De perforations

  • De manipulations excessives

8. Les erreurs les plus fréquentes

Une fermentation insuffisante est souvent liée à :

  • Un fourrage trop sec ou trop humide

  • Un délai trop long avant enrubannage

  • Une densité insuffisante

  • Un nombre de couches insuffisant

  • Une détérioration du film

  • Un stockage inadéquat

La majorité de ces facteurs sont maîtrisables au niveau du chantier.

9. Pourquoi la maîtrise de la fermentation est stratégique

Une fermentation réussie permet de préserver :

  • L’énergie

  • Les protéines

  • L’appétence

  • La stabilité à l’ouverture

À l’inverse, une mauvaise fermentation entraîne :

  • Pertes de matière sèche

  • Échauffement à l’ouverture

  • Développement de moisissures

  • Baisse d’ingestion

Chaque balle représente un investissement important.
Sécuriser la fermentation, c’est sécuriser la performance du troupeau.

À retenir

L’enrubannage n’est pas simplement un emballage de fourrage.
C’est un système biologique qui doit être :

  • Rapide

  • Étanche

  • Homogène

  • Maîtrisé

La réussite repose sur une chaîne complète :
stade de récolte → matière sèche → densité → rapidité d’enrubannage → qualité et nombre de couches de film → conditions de stockage.

Car au final, la qualité à l’auge dépend entièrement de la qualité de la fermentation.


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