L’enrubannage est une technique de conservation exigeante.
Contrairement au foin, la conservation ne repose pas uniquement sur le séchage, mais sur une fermentation lactique maîtrisée en milieu anaérobie.
La qualité du fourrage distribué plusieurs mois plus tard se joue dans les premières heures après la fauche… et dans la rigueur du chantier.
La conservation par enrubannage repose sur un mécanisme simple :
transformer les sucres de la plante en acide lactique en absence d’oxygène.
Lorsque la balle est hermétiquement fermée :
Les cellules végétales consomment l’oxygène résiduel (phase respiratoire).
Une fois l’oxygène épuisé, les bactéries lactiques prennent le relais.
Elles produisent de l’acide lactique (et en moindre proportion acide acétique), ce qui fait chuter le pH.
Cette acidification stabilise le fourrage et bloque les micro-organismes indésirables.
Plus le fourrage est riche en sucres solubles, plus la fermentation sera rapide et efficace.
La qualité de fermentation commence au champ.
Une récolte au bon stade (début épiaison pour les graminées, début floraison pour les légumineuses) permet :
Une meilleure valeur alimentaire
Une meilleure teneur en sucres
Une meilleure digestibilité
De plus, à ce stade, le fourrage se compressera mieux, formant ainsi des balles plus denses et régulières.
Il faut néanmoins trouver le compromis entre rendement et qualité selon les besoins du troupeau.
Une herbe trop avancée :
Contient moins de sucres fermentescibles
Fermente plus difficilement
Présente un risque accru d’échauffement
Pour l’enrubannage, l’objectif se situe généralement entre 40 et 50 % de matière sèche.
En dessous : risque de fermentations indésirables (butyriques), pertes énergétiques.
Au-dessus : difficulté de mise en place de la fermentation et risque de moisissures si l’air reste présent.
Un préfanage rapide peut être nécessaire pour atteindre cet objectif.
Attention : un séchage trop long entraîne des pertes de feuilles (notamment pour les légumineuses) et une baisse de valeur alimentaire.
Après la fauche, la plante continue à respirer.
Elle consomme ses propres sucres et produit de la chaleur.
Chaque heure passée avant la mise en anaerobiose représente :
Une perte de sucres fermentescibles
Une baisse potentielle de qualité
Un risque accru d’échauffement
C’est pourquoi il est essentiel :
De faner rapidement (si cela est nécessaire)
De limiter le délai entre pressage et enrubannage
D’appliquer le film le plus tôt possible
L’objectif est clair : réduire au maximum la phase aérobie.
La fermentation dépend directement de la quantité d’air emprisonnée dans la balle.
Une balle :
Dense
Régulière
Bien formée
contient moins d’oxygène initial et facilite l’installation rapide d’un environnement anaérobie.
Des andains irréguliers produisent des balles irrégulières, avec des zones moins comprimées susceptibles de conserver de l’air.
Ces poches d’air deviennent des foyers potentiels :
D’échauffement
De développement de levures
De moisissures localisées
Le film n’est pas qu’une protection mécanique :
il est la barrière contre l’oxygène.
Pour une conservation optimale :
Enrubanner immédiatement après pressage
Appliquer au minimum 6 couches de film
Passer à 8 couches pour les légumineuses ou un stockage long
Assurer un recouvrement homogène
Une étanchéité imparfaite laisse entrer l’air progressivement.
Même de faibles entrées d’oxygène peuvent relancer l’activité microbienne en périphérie.
Phase 1 : respiration initiale (heures 0 à 24)
Consommation de l’oxygène résiduel.
Phase 2 : installation des bactéries lactiques (jours 1 à 5)
Production d’acide lactique, baisse rapide du pH.
Phase 3 : stabilisation (semaines suivantes)
Si l’anaérobiose est maintenue, la balle devient stable et peut se conserver plusieurs mois.
Les problèmes apparaissent généralement lors :
D’un défaut d’étanchéité
D’un stockage sur surface irrégulière
De perforations
De manipulations excessives
Une fermentation insuffisante est souvent liée à :
Un fourrage trop sec ou trop humide
Un délai trop long avant enrubannage
Une densité insuffisante
Un nombre de couches insuffisant
Une détérioration du film
Un stockage inadéquat
La majorité de ces facteurs sont maîtrisables au niveau du chantier.
Une fermentation réussie permet de préserver :
L’énergie
Les protéines
L’appétence
La stabilité à l’ouverture
À l’inverse, une mauvaise fermentation entraîne :
Pertes de matière sèche
Échauffement à l’ouverture
Développement de moisissures
Baisse d’ingestion
Chaque balle représente un investissement important.
Sécuriser la fermentation, c’est sécuriser la performance du troupeau.
L’enrubannage n’est pas simplement un emballage de fourrage.
C’est un système biologique qui doit être :
Rapide
Étanche
Homogène
Maîtrisé
La réussite repose sur une chaîne complète :
stade de récolte → matière sèche → densité → rapidité d’enrubannage → qualité et nombre de couches de film → conditions de stockage.
Car au final, la qualité à l’auge dépend entièrement de la qualité de la fermentation.

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